La décision tient en trois gestes
Devant un tunnel signalé, un conducteur n'a pas à réciter l'ADR. Il a trois gestes à faire, dans cet ordre, et c'est tout ce que l'épreuve attend de lui.
Premier geste : lire la lettre du panonceau. Elle donne la catégorie du tunnel, de A à E. Pas de panonceau, pas de restriction : le texte est explicite, « Pas de signalisation » vaut « Catégorie de tunnel A ».
Deuxième geste : lire le code de restriction en tunnels de son chargement, qui figure dans le document de transport. Il vient de la colonne (15) du tableau A du chapitre 3.2, où il est écrit entre parenthèses.
Troisième geste : croiser les deux dans le tableau du 8.6.4, reproduit plus bas. Le code dit quelles catégories de tunnel lui sont interdites, pas lesquelles lui sont ouvertes : c'est une liste d'interdictions, et c'est dans ce sens qu'il faut la lire.
Tout le reste de cette page sert à rendre ces trois gestes automatiques, y compris quand le chargement est mixte, quand la quantité fait basculer le code, ou quand le camion roule en quantités limitées.
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CATÉGORIES DE TUNNEL
A à E, affectées par l'autorité compétente
(15)
COLONNE DU TABLEAU A
Le code y est entre parenthèses, en bas de la case
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CODES POSSIBLES
B, B1000C, B/D, B/E, C, C5000D, C/D, C/E, D, D/E, E et (-)
8 t
SEUIL QUANTITÉS LIMITÉES
Masse brute au-delà de laquelle le tunnel E se ferme
Les cinq catégories, et ce que chacune écarte
Les catégories ne sont pas graduées au hasard. Le texte part de l'hypothèse qu'il existe dans les tunnels trois dangers principaux susceptibles de faire un grand nombre de victimes ou d'endommager gravement leur structure : les explosions, les fuites de gaz toxique ou de liquide toxique volatil, et les incendies. Chaque catégorie ajoute un de ces dangers à la liste de ce qu'elle refuse.
C'est l'autorité compétente qui affecte un tunnel à une catégorie, en tenant compte de ses caractéristiques, de l'évaluation des risques et de l'existence d'itinéraires alternatifs. Un même tunnel peut d'ailleurs relever de plusieurs catégories selon le moment de la journée ou le jour de la semaine.
| Catégorie | Ce que le texte en dit | Signalisation |
|---|---|---|
| A | Aucune restriction au transport de marchandises dangereuses | Pas de signalisation |
| B | Restriction au transport des marchandises susceptibles de provoquer une explosion très importante | Panneau additionnel portant la lettre B |
| C | B, plus les marchandises susceptibles de provoquer une explosion importante ou une fuite importante de matières toxiques | Panneau additionnel portant la lettre C |
| D | C, plus les marchandises susceptibles de provoquer un incendie important | Panneau additionnel portant la lettre D |
| E | Restriction au transport de toutes les marchandises dangereuses, sauf celles portant la mention « (-) » en colonne (15), et de toutes celles du chapitre 3.4 au-delà de 8 tonnes de masse brute totale par unité de transport | Panneau additionnel portant la lettre E |
Lire un code de restriction en tunnels sans se tromper
Le code s'écrit de quatre façons, et chacune se lit différemment. C'est là que les candidats perdent des points, parce qu'ils retiennent une règle approchée qui fonctionne trois fois sur quatre.
Une lettre seule : elle s'applique quels que soient la quantité et l'emballage. Le code D interdit les tunnels D et E, point.
Deux lettres séparées par un nombre, comme B1000C ou C5000D : la première lettre s'applique lorsque la masse nette totale de matières explosibles par unité de transport dépasse ce nombre, la seconde lorsqu'elle ne le dépasse pas. Ces deux codes ne concernent que la classe 1.
Deux lettres séparées par une barre oblique, comme C/D ou D/E : la première s'applique à un mode de transport précis, la seconde à tous les autres. Et c'est ici qu'il faut être exact.
La mention « (-) » : la marchandise n'est soumise à aucune restriction en tunnel.
| Code applicable à l'ensemble du chargement | Restriction |
|---|---|
| B | Passage interdit dans les tunnels des catégories B, C, D et E. |
| B1000C | Masse nette totale de matières explosibles par unité de transport supérieure à 1 000 kg : interdit en B, C, D et E. Jusqu'à 1 000 kg inclus : interdit en C, D et E. |
| B/D | Transport en citerne : interdit en B, C, D et E. Autre transport : interdit en D et E. |
| B/E | Transport en citerne : interdit en B, C, D et E. Autre transport : interdit en E. |
| C | Passage interdit dans les tunnels des catégories C, D et E. |
| C5000D | Masse nette totale de matières explosibles par unité de transport supérieure à 5 000 kg : interdit en C, D et E. Jusqu'à 5 000 kg inclus : interdit en D et E. |
| C/D | Transport en citerne : interdit en C, D et E. Autre transport : interdit en D et E. |
| C/E | Transport en citerne : interdit en C, D et E. Autre transport : interdit en E. |
| D | Passage interdit dans les tunnels des catégories D et E. |
| D/E | Transport en vrac ou en citerne : interdit en D et E. Autre transport : interdit en E. |
| E | Passage interdit dans les tunnels de catégorie E. |
| (-) | Passage autorisé dans tous les tunnels. Pour les seuls numéros ONU 2919 et 3331, des restrictions peuvent figurer dans l'arrangement spécial approuvé par l'autorité compétente. |
Où se lit le code, et où il ne se lit pas
Le code de restriction en tunnels ne figure pas sur le panneau orange, ni sur aucune plaque extérieure du véhicule. Il se lit dans le document de transport, où sa place est imposée.
Le texte range les renseignements du document de transport par lettres, et le code est la lettre k). Il s'écrit en majuscules et entre parenthèses, ou sous la forme « (-) ». Surtout, son emplacement n'est pas libre : les éléments a), b), c), d) et k) doivent apparaître dans cet ordre, sans information intercalée. Le code se trouve donc toujours au bout de la description de la marchandise, jamais ailleurs dans le document.
L'ADR donne lui-même l'exemple de rédaction : « UN 1098 ALCOOL ALLYLIQUE, 6.1 (3), I, (C/D) ». Le (C/D) final est le code de restriction en tunnels.
Dernière précision, utile parce qu'elle explique une confusion de lecture du tableau A : la colonne (15) contient deux informations superposées. En haut de la case, la catégorie de transport, celle qui sert au calcul de l'exemption du 1.1.3.6. En bas, entre parenthèses, le code de restriction en tunnels. Lire le chiffre du haut comme un code, ou la lettre du bas comme une catégorie de transport, est une erreur de colonne, pas une erreur de connaissance.
Dix exercices corrigés
Ces situations sont originales, construites à partir du texte réglementaire public et des codes réellement portés en colonne (15) pour les numéros ONU cités. Elles ne reproduisent aucun item d'examen. Chaque corrigé porte sa référence, pour que vous puissiez le vérifier plutôt que nous croire.
- 01Citerne d'essence, UN 1203, devant un tunnel signalé par un panonceau D. Vous passez ? → Non. L'essence porte le code (D/E). En citerne, la première lettre s'applique : passage interdit dans les tunnels des catégories D et E. (Tableau A du 3.2, colonne 15, UN 1203 ; ADR 8.6.4)
- 02Même essence, mais en fûts sur un plateau, sous panneaux orange. Même tunnel D. → Oui, vous passez. En dehors du vrac et de la citerne, D/E bascule sur « autre transport » : seul le tunnel E est interdit. Le mode de transport change la réponse, pas la matière. (ADR 8.6.4)
- 03Citerne de propane, UN 1978, devant un tunnel de catégorie C. → Non. Le propane porte le code (B/D). En citerne, c'est la première lettre qui s'applique : interdit en B, C, D et E. Le tunnel C est donc fermé, alors même que la lettre C n'apparaît pas dans le code. (Tableau A, UN 1978 ; ADR 8.6.4)
- 04Mêmes bouteilles de propane, en colis, même tunnel C. → Oui. « Autre transport » sous un code B/D interdit seulement les tunnels D et E. Le C reste ouvert. (ADR 8.6.4)
- 05Unité transportant de la poudre sans fumée, UN 0161, pour une masse nette totale de matières explosibles de 3 000 kg. Tunnel de catégorie D. → Non. Le code est (C5000D) : dès lors que la masse ne dépasse pas 5 000 kg, seuil compris, c'est le D qui s'applique, donc passage interdit en D et E. C'est l'exemple que l'ADR donne lui-même. (Tableau A, UN 0161 ; ADR 8.6.4, NOTA 1)
- 06Même chargement, mais 6 000 kg de masse nette de matières explosibles. Tunnel de catégorie C. → Non. Au-delà de 5 000 kg, la première lettre reprend la main : interdit en C, D et E. Le seuil n'est pas une formalité, il change la catégorie de tunnel refusée. (ADR 8.6.4)
- 07Une unité porte à la fois des colis de nitroglycérine en solution alcoolique, UN 1204, et une citerne de gazole, UN 1202. Quel code s'applique à l'ensemble ? → Le code B de la nitroglycérine. Le gazole est en (D/E), donc interdit en D et E ; le B interdit B, C, D et E. Le plus restrictif est celui qui ferme le plus de tunnels, et c'est le B, pas le D/E. (Tableau A, UN 1204 et UN 1202 ; ADR 8.6.3.2)
- 08Citerne de matière dangereuse du point de vue de l'environnement, liquide, UN 3082, sous panneaux orange. Tunnel de catégorie E. → Oui, vous passez. La colonne (15) porte « (-) » pour ce numéro : aucune restriction en tunnel. Porter la signalisation orange et être soumis à une restriction de tunnel sont deux choses distinctes. (Tableau A, UN 3082 ; ADR 8.6.3.1)
- 09Camion de plus de 12 tonnes de masse maximale, chargé de 9 tonnes de masse brute de colis en quantités limitées, sans autre marchandise dangereuse. Tunnel de catégorie E. → Non. Au-delà de 8 tonnes, le marquage du 3.4.13 devient obligatoire, et les restrictions de tunnel E s'appliquent aux unités qui doivent le porter. À 6 tonnes, le marquage n'est pas exigé et le tunnel E reste ouvert. (ADR 3.4.14 et 8.6.4)
- 10Citerne d'acide chlorhydrique, UN 1789, devant un tunnel de catégorie D. → Oui. Le code est (E), une lettre seule : elle s'applique quels que soient la quantité et l'emballage, et n'interdit que les tunnels de catégorie E. « En citerne » n'aggrave rien ici : ce n'est pas le contenant qui décide, c'est le code. (Tableau A, UN 1789 ; ADR 8.6.4)
Les deux exemptions que l'on oublie de vérifier
Deux régimes sortent du raisonnement ci-dessus, et il faut savoir les repérer avant de chercher un code.
Les marchandises transportées sous le 1.1.3. Elles ne font pas l'objet de restriction dans les tunnels, et elles ne doivent pas être prises en compte dans la détermination du code affecté à l'ensemble du chargement. Autrement dit, elles ne peuvent pas aggraver le code du reste du chargement. Une exception, et elle est nommée : si l'unité doit porter le marquage du 3.4.13, sous réserve du 3.4.14.
Les quantités limitées du chapitre 3.4. Elles n'entrent dans le jeu que par le seuil de 8 tonnes de masse brute totale par unité de transport. En dessous, le marquage n'est pas obligatoire et le passage n'est pas restreint. Au-dessus, le marquage devient obligatoire et le tunnel de catégorie E se ferme. Il faut noter que ce marquage vise les unités de transport de masse maximale supérieure à 12 tonnes : les deux conditions se cumulent, elles ne se remplacent pas.
Enfin, un point de méthode plus général : les restrictions de circulation en tunnel s'appliquent aux unités pour lesquelles une signalisation orange conforme au 5.3.2 est prescrite. Un véhicule qui n'a pas à porter de panneaux orange n'a pas non plus à chercher un code de tunnel, sauf précisément dans le cas du marquage quantités limitées au-delà de 8 tonnes.
À retenir
Le sens de lecture. Le code nomme la première catégorie de tunnel interdite. Un chargement en D passe en A, B et C, et s'arrête au D.
Les cinq catégories. A n'interdit rien et ne se signale pas. B écarte l'explosion très importante, C y ajoute l'explosion importante et la fuite importante de matières toxiques, D y ajoute l'incendie important, E interdit tout sauf ce qui porte « (-) » en colonne (15).
La barre oblique. Première lettre = transport en citerne pour B/D, B/E, C/D et C/E ; transport en vrac ou en citerne pour le seul D/E. Le raccourci « citerne ou vrac » appliqué partout fait rater une question sur deux dans cette famille.
Le chiffre au milieu. B1000C et C5000D se jouent sur la masse nette totale de matières explosibles par unité de transport, 1 000 kg et 5 000 kg. Au-dessus du seuil, première lettre ; au niveau du seuil ou en dessous, seconde lettre.
Le chargement mixte. Le code le plus restrictif s'impose à l'ensemble. Le plus restrictif ne se déduit pas de la lettre : on dresse pour chaque code, dans le tableau du 8.6.4 et pour le mode de transport réellement utilisé, la liste des catégories de tunnel interdites, et on garde la plus large.
Où le lire. Dans le document de transport, en lettres majuscules entre parenthèses, immédiatement après la description de la marchandise. Jamais sur le panneau orange.
▸ SOURCES
- Accord ADR, édition 2025, Volume I (ECE/TRANS/352 Vol. I), en vigueur le 1er janvier 2025 : 1.9.5 Restrictions dans les tunnels, chapitre 3.4 et tableau A du chapitre 3.2 — Nations unies, Commission économique pour l'Europe (CEE-ONU)
- Accord ADR, édition 2025, Volume II (ECE/TRANS/352 Vol. II), en vigueur le 1er janvier 2025 : chapitre 8.6 (restrictions à la circulation dans les tunnels routiers) et 5.4.1.1.1 k) (code de restriction en tunnels dans le document de transport) — Nations unies, Commission économique pour l'Europe (CEE-ONU)
- Note d'information n° 17 : application de la nouvelle réglementation sur les transports de marchandises dangereuses dans les tunnels routiers (signalisation C117, M4z et B18c, arrêté du 25 juin 2009) — Centre d'études des tunnels (CETU), ministère chargé des transports